Droits & métier

Monter un groupe : association, assurance, nom et contrats

Droits & métier · Publié le 2026-10-27

Guitariste penché sur son matériel, pédales d'effets et câbles posés au sol
Pédales, câbles et guitare : le matériel d'un groupe, à assurer. Photographie de Michael Henry, CC0.

Tant qu'un groupe répète dans un garage et joue chez des amis, il n'a besoin de rien d'autre que de ses instruments. Dès qu'il joue en public, vend des disques, encaisse des cachets ou loue un local, des questions pratiques arrivent : qui signe les contrats, sur quel compte va l'argent, qui paie si un ampli est volé ou si un spectateur se blesse, à qui appartient le nom du groupe si quelqu'un part ? Voici les bases, à régler de préférence avant le premier conflit.

Faut-il une structure ?

Un groupe de musique n'a pas, en tant que tel, de personnalité juridique. Tant qu'il n'existe pas de structure, chaque contrat est signé par un membre à titre personnel, qui en porte seul la responsabilité, et l'argent transite par un compte personnel. C'est la source de nombreux malentendus.

La structure la plus courante est l'association loi 1901. Sa création est simple et gratuite : selon la fiche de Service Public consacrée à la déclaration initiale d'une association, il suffit de déposer les statuts et le procès-verbal de l'assemblée constitutive auprès du greffe des associations, en ligne, sur place ou par courrier ; la publication au Journal officiel des associations est gratuite, et le greffe délivre un récépissé avec un numéro d'inscription au répertoire national des associations. L'association peut ensuite ouvrir un compte bancaire, signer des contrats, vendre des disques et du merchandising, demander des subventions.

Une association a des contraintes : une gestion désintéressée, des comptes à tenir, des assemblées générales. Si elle organise elle-même des concerts plus de six fois par an, la licence d'entrepreneur de spectacles devient nécessaire. Et si elle salarie les musiciens du groupe, la question de la gestion désintéressée se pose lorsque les salariés sont aussi les dirigeants : beaucoup de groupes confient alors la présidence et la trésorerie à des proches qui ne sont pas rémunérés. Faites-vous conseiller avant de mettre en place ce montage.

Les assurances

La fiche de Service Public sur l'assurance des associations, mise à jour le 16 mars 2026, indique que la plupart des associations ne sont pas tenues de s'assurer, mais que l'assurance de responsabilité civile est fortement recommandée. Elle peut couvrir les dommages causés ou subis par les salariés, les bénévoles, les membres et les dirigeants, et parfois les participants et les spectateurs. Elle signale aussi qu'il faut vérifier que le contrat couvre bien chaque manifestation particulière, comme un spectacle, et que les collectivités ou les gestionnaires de salles peuvent demander une attestation de responsabilité civile avant d'autoriser un événement.

Si le groupe répète au domicile d'un membre, le bail et le voisinage posent d'autres questions, que nous traitons dans notre guide pour répéter chez soi sans gêner les voisins.

Le nom du groupe

Le nom est souvent le bien le plus précieux d'un groupe, et le plus disputé lors d'une séparation. Avant de le choisir, vérifiez qu'il n'est pas déjà utilisé par un autre groupe, en particulier dans votre style, et qu'il n'est pas déposé comme marque pour des activités musicales. Le dépôt d'une marque auprès de l'Institut national de la propriété industrielle (INPI) permet de protéger un nom pour des produits et services déterminés, sur le territoire français, moyennant une redevance. Si le nom est déposé, il faut décider au nom de qui : l'association, un membre, ou tous les membres ensemble. C'est l'un des points essentiels de la charte interne.

Une charte entre membres

Sans avoir valeur de contrat de société, un document écrit et signé par tous les membres clarifie les règles du jeu :

  1. Le nom : à qui il appartient, et qui peut l'utiliser en cas de départ ou de séparation.
  2. Le matériel : ce qui est à chacun, ce qui a été acheté en commun et comment on le partage en cas de départ.
  3. L'argent : comment sont répartis les cachets, les ventes de disques, les dépenses communes, et qui tient les comptes.
  4. Les droits d'auteur : la clé de partage des compositions pour les déclarations à la Sacem ; voir notre article sur la déclaration des chansons.
  5. Les enregistrements : qui en est le producteur, et ce qu'il advient des masters si le groupe se sépare.
  6. Les décisions : unanimité ou majorité, pour les dates, les contrats et les dépenses.

Lire ses premiers contrats

Les premiers contrats d'un groupe sont en général des contrats d'engagement, par lesquels un organisateur emploie directement les musiciens, et des contrats de cession, quand une structure titulaire d'une licence vend le concert à un organisateur. Leur fonctionnement est expliqué dans notre article sur le Guso, les cessions et les cachets. Quelques points méritent toujours une relecture attentive : le montant et la nature de la rémunération, la prise en charge des frais, l'horaire et la durée du concert, les conditions d'annulation, les obligations techniques et la responsabilité en cas de dommage au matériel.

Pour un contrat d'enregistrement ou de licence avec un label, la durée, le territoire et le partage des recettes engagent le groupe pour des années : prenez le temps de comparer, de poser des questions et, si possible, de vous faire relire par une personne compétente.

Sources