Organiser un concert rock : licence, niveaux sonores, Sacem et sécurité

Beaucoup de groupes de garage rock finissent par organiser eux-mêmes leurs concerts : une soirée dans un bar, un plateau de trois groupes dans une salle municipale, un petit festival associatif. L'énergie ne suffit pas : un concert, même modeste, est encadré par des règles sur l'activité d'entrepreneur de spectacles, le niveau sonore, les droits d'auteur, la sécurité du public et la vente de boissons. Voici la feuille de route, dans l'ordre où les questions se posent.
Étape 1 : qui organise ?
La première question est juridique : qui est l'organisateur, et à quel titre ? Une association de fans, le groupe lui-même, un bar, une mairie ou un collectif n'ont pas les mêmes obligations. Selon la page du ministère de la Culture consacrée à la licence d'entrepreneur de spectacles vivants, celle-ci est obligatoire pour toute structure dont l'activité principale est le spectacle vivant, et pour toute autre structure qui organise plus de six représentations par an.
En dessous de ce seuil, un organisateur occasionnel peut se passer de licence. S'il paie des musiciens, il doit les employer, généralement via le Guichet unique du spectacle occasionnel, ou acheter le concert à une structure titulaire d'une licence par un contrat de cession : voir notre article sur le Guso et les cachets.
Étape 2 : la licence, si nécessaire
Depuis la réforme entrée en vigueur en 2019, la licence n'est plus délivrée par arrêté : l'entrepreneur dépose une déclaration en ligne auprès de la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) de la région où se trouve son établissement principal. Le ministère indique que la licence est réputée accordée 30 jours après la déclaration si l'administration ne s'y est pas opposée, et qu'elle doit être renouvelée tous les cinq ans. Elle est gratuite.
La déclaration suppose de remplir certaines conditions : être une personne physique ou une structure dont au moins une personne justifie d'une formation, d'un diplôme ou d'une expérience professionnelle dans le spectacle, et, pour les exploitants de lieux, d'une formation à la sécurité des spectacles. Exercer sans licence alors qu'elle est obligatoire expose à des sanctions, dont des amendes administratives.
Étape 3 : le lieu et la sécurité du public
Un concert accueille du public : le lieu doit être autorisé à le recevoir, dans la limite de sa capacité. Une salle municipale, un bar ou une salle des fêtes sont des établissements recevant du public, soumis à des règles de sécurité contre l'incendie et la panique, avec un effectif maximal. Demandez au gestionnaire la capacité autorisée et respectez-la strictement, en comptant les musiciens et les bénévoles.
Pour un concert en plein air ou dans un lieu qui n'est pas prévu pour cela, une déclaration en mairie, voire une autorisation, est nécessaire, et la commune peut imposer des conditions (horaires, barrières, secours, sanitaires). Prenez contact avec la mairie plusieurs semaines à l'avance. Prévoyez une assurance de responsabilité civile qui couvre explicitement la manifestation ; la fiche de Service Public sur l'assurance des associations rappelle que les gestionnaires de salles peuvent exiger une attestation.
Étape 4 : le son
Le décret n° 2017-1244 du 7 août 2017 relatif à la prévention des risques liés aux bruits et aux sons amplifiés a renforcé les règles applicables aux lieux, clos ou ouverts, qui diffusent des sons amplifiés à titre habituel ou occasionnel. Les principales obligations, telles que les résument les réponses ministérielles et les guides des acteurs du secteur :
- Niveaux maximaux : 102 décibels pondérés A et 118 décibels pondérés C en niveau moyen sur 15 minutes, en tout endroit accessible au public.
- Information du public sur les risques auditifs.
- Protections auditives mises gratuitement à la disposition du public, adaptées au public accueilli.
- Enregistrement et affichage des niveaux dans certains lieux ; selon le ministère, les lieux de spectacle vivant de moins de 300 places, hors discothèques, en sont dispensés.
Pour un concert de garage rock, ces limites sont plus contraignantes qu'il n'y paraît : une batterie acoustique dans une petite salle peut déjà produire un niveau élevé sans aucune sonorisation. Équipez-vous d'un sonomètre, placez la console de façon à entendre ce qu'entend le public, et prévoyez une réserve de bouchons d'oreille à l'entrée. Les groupes eux-mêmes ont intérêt à protéger leurs oreilles en répétition comme sur scène.
Le voisinage, enfin, reste protégé par les règles générales sur le bruit, de jour comme de nuit : un concert dans un bar de centre-ville peut donner lieu à des plaintes. Les mêmes règles s'appliquent aux répétitions, comme nous l'expliquons dans notre guide pour choisir un logement où jouer de la musique.
Étape 5 : les droits d'auteur
Un concert est une exécution publique d'œuvres musicales : l'organisateur doit déclarer la manifestation à la Sacem et payer les droits, calculés selon le type d'événement, les recettes ou le budget. La démarche se fait en ligne, de préférence avant la date. Demandez aux groupes la liste des morceaux joués : elle permet de reverser les droits aux auteurs des compositions, comme nous l'expliquons dans notre article sur la Sacem. Si de la musique enregistrée est diffusée entre les concerts, la rémunération équitable des artistes et des producteurs s'ajoute.
Étape 6 : la buvette et l'argent
Vendre des boissons alcoolisées suppose une autorisation. Une association peut demander au maire une autorisation temporaire d'ouverture de débit de boissons pour un événement, dans la limite d'un nombre d'événements par an fixé par le code de la santé publique. Renseignez-vous en mairie, et prévoyez des boissons sans alcool. Pour la billetterie, tenez une comptabilité claire : nombre d'entrées, prix, recettes, dépenses, cachets et frais des groupes.
La check-list de la veille
- Contrats signés avec chaque groupe ou structure, et déclarations d'emploi faites.
- Attestation d'assurance et accord écrit du gestionnaire du lieu.
- Capacité maximale connue et comptage des entrées organisé.
- Sonomètre, bouchons d'oreille, affichage sur les risques auditifs.
- Déclaration Sacem faite, listes de morceaux demandées aux groupes.
- Autorisation de buvette, caisse et fonds de caisse.
- Issues de secours dégagées, éclairage, trousse de premiers secours et numéro des secours affiché.
Si vous cherchez une salle équipée et un accompagnement, les scènes de musiques actuelles sont un bon point de départ : voir notre article sur les SMAC.
Sources
- Ministère de la Culture, « Licence d'entrepreneur de spectacles vivants (première demande, renouvellement) » (consulté le 27 octobre 2026).
- Décret n° 2017-1244 du 7 août 2017 relatif à la prévention des risques liés aux bruits et aux sons amplifiés ; réponses ministérielles publiées par l'Assemblée nationale (questions n° 11087 et n° 22102, XVe législature).
- Code du travail, articles L7122-1 et suivants (entrepreneurs de spectacles vivants).
- Service Public, « Assurance des associations », mise à jour le 16 mars 2026.
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