Le rock en France dans les années 1960 : le Golf-Drouot, Salut les copains et le yé-yé

Au début des années 1960, le rock arrive en France par trois portes : un juke-box dans un club parisien, une émission de radio quotidienne et une génération d'adolescents qui monte des groupes en reprenant les succès américains et anglais. Le Golf-Drouot, Salut les copains et le phénomène que la presse appellera « yé-yé » forment le décor dans lequel naissent les premiers groupes de rock français. Voici ce que l'on sait de ces lieux et de ces années, d'après les sources disponibles.
Le Golf-Drouot, « temple du rock »
L'histoire du Golf-Drouot commence loin du rock. En 1955, au 2, rue Drouot, au-dessus du café d'Angleterre, à l'angle du boulevard Montmartre, l'établissement est un salon de thé doté d'un minigolf intérieur de neuf trous, d'où son nom. Selon les récits rassemblés par l'article que lui consacre Wikipédia, c'est Henri Leproux, d'abord barman, qui transforme le lieu : il installe en 1957 un juke-box pour attirer les jeunes amateurs de musique américaine. En 1961, le lieu devient une discothèque, souvent présentée comme la première discothèque rock de Paris.
Au début de 1962, le club lance son tremplin du vendredi soir. Le principe est simple : quatre ou cinq groupes amateurs jouent environ une demi-heure chacun, le public vote, et le groupe vainqueur gagne le droit de revenir jouer, avec parfois une séance d'enregistrement à la clé. Pour une génération de musiciens, c'est la première scène, et le premier contact avec un public qui ne se compose pas seulement de copains.
La liste des artistes passés par le club donne une idée de son rôle. On y croise, parmi les premiers groupes, Les Tritons, avec Jacques Dutronc à la guitare, puis Vince Taylor, Les Chats sauvages ou Les Pirates. Entre 1965 et 1970, des groupes britanniques y jouent aussi, dont The Who et David Bowie. Plus tard, le club accueille des formations françaises très différentes, de Magma à Ange, puis des groupes de la nouvelle vague rock comme Dogs ou Little Bob. Le Golf-Drouot ferme le 22 novembre 1981, après un dernier concert. Henri Leproux est mort le 12 juin 2014, quelques mois après l'inauguration d'une plaque en hommage au lieu.
Salut les copains : la radio des adolescents
Pendant que le Golf-Drouot offre une scène, la radio donne une audience. En 1959, Europe 1 lance une émission créée par Frank Ténot et Daniel Filipacchi, Salut les copains. Les sources divergent légèrement sur la date exacte de la première diffusion, entre la fin septembre et la mi-octobre 1959 : l'article de Wikipédia consacré à l'émission évoque d'abord un rendez-vous hebdomadaire d'une demi-heure, qui devient ensuite quotidien. L'émission diffuse les succès américains et anglais et les premiers disques des chanteurs et groupes français qui les adaptent.
Le succès de l'émission conduit au lancement, en 1962, d'un magazine du même nom, qui paraîtra jusqu'en 2006. L'émission elle-même s'arrête à la fin des années 1960 ; là encore, les sources donnent des dates différentes, 1968 ou 1969.
La nuit de la Nation, 22 juin 1963
Pour fêter le premier anniversaire du magazine, un concert gratuit est organisé le 22 juin 1963 place de la Nation, à Paris. Johnny Hallyday en est la tête d'affiche. L'affluence dépasse toutes les prévisions : les estimations les plus souvent citées parlent de quelque 150 000 jeunes, certaines vont jusqu'à 200 000. La soirée, restée dans les mémoires comme la « folle nuit de la Nation », est aussi marquée par des débordements, qui alimentent une vive polémique dans la presse sur la jeunesse et sa musique.
C'est dans ce contexte que le sociologue Edgar Morin publie dans Le Monde une série d'articles sur ce nouveau phénomène. Il y emploie le mot « yé-yé », tiré des « yeah, yeah » des chansons anglo-saxonnes, qui va désigner pour longtemps la chanson et la culture adolescentes de la période.
Yé-yé et rock : deux faces d'une même époque
Le mot « yé-yé » recouvre aujourd'hui des réalités très différentes : des chanteuses et chanteurs solistes produits par de grandes maisons de disques, des adaptations françaises de succès étrangers, mais aussi de véritables groupes de rock qui composent, répètent et jouent sur scène. Pour l'amateur de garage, c'est cette seconde face qui compte. Les groupes passés par les tremplins jouent fort, avec des guitares électriques et une section rythmique, et certains enregistrent des 45 tours et des EP que les collectionneurs recherchent aujourd'hui.
Comme aux États-Unis, beaucoup de ces groupes n'ont laissé qu'un ou deux disques. Leur histoire est souvent connue par fragments : une pochette, une photo de concert, un souvenir de tremplin. Les rééditions et compilations publiées depuis par des labels spécialisés, en France et à l'étranger, ont permis de réentendre une partie de ce répertoire. Pour le contexte américain de la même période, voir notre article sur le garage rock des années 1960.
Ce qui en reste pour les groupes d'aujourd'hui
Le modèle du tremplin du Golf-Drouot a fait école. Des tremplins, des scènes ouvertes et des dispositifs d'accompagnement des groupes amateurs existent aujourd'hui dans de nombreuses villes, souvent portés par des associations, des maisons des jeunes et de la culture ou des scènes de musiques actuelles. L'esprit est le même : donner à des musiciens débutants une vraie scène, un vrai public et un premier retour sur leur travail.
La radio a, elle aussi, gardé un rôle de découverte, mais il s'est déplacé. Après la libéralisation de la bande FM au début des années 1980, ce sont souvent les radios associatives qui programment les groupes indépendants et les disques que l'on n'entend pas ailleurs : nous leur consacrons un article, avec les fanzines, sur les médias de la scène indépendante. La génération suivante, celle des années 1980, a repris le flambeau du rock en France à sa manière : voir notre panorama des groupes et labels indépendants de cette décennie.
Pour aller plus loin
L'histoire du Golf-Drouot et de Salut les copains est documentée par de nombreux témoignages, livres et émissions. Les archives audiovisuelles conservées par l'Institut national de l'audiovisuel (INA) et les collections de presse de la Bibliothèque nationale de France permettent de retrouver les reportages et articles de l'époque, en particulier sur la nuit de la Nation. Pour un travail précis, il vaut mieux partir de ces sources d'époque que des récits de seconde main, qui se contredisent souvent sur les dates.
Sources
- Wikipédia, « Golf-Drouot » (version française, consultée le 27 octobre 2026).
- Wikipédia, « Salut les copains (émission de radio) » (version française, consultée le 27 octobre 2026).
- Wikipédia, « Salut les copains » (page d'homonymie : émission, magazine 1962–2006).
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